Discours de Damien LAMOTTE, Conseiller Technique
au Ministère de l'Agriculture et de la Pêche
Madame la Présidente
(Dominique BOUTILLON),
Monsieur le Président de VAL'HOR (Philippe
MOINET),
Mesdames et
Messieurs les Présidents,
Mesdames,
Messieurs,
Permettez-moi tout d'abord de vous transmettre les excuses et les
regrets de Michel BARNIER retenu ce jour à Bruxelles. Je tiens à vous dire, du
coup, tout le plaisir que j'éprouve à me trouver parmi vous pour ce
65ème
congrès de la Fédération Nationale des Producteurs de l'Horticulture et des
Pépinières (FNPHP).
Comme vous le
savez, Michel Barnier s'est engagé à défendre les intérêts de l'agriculture
française dans les enceintes internationales et à promouvoir l'adaptation des
différentes filières aux nouvelles contraintes économiques et environnementales.
Dans ce contexte, je tiens à saluer votre volontarisme pour améliorer toujours
les marges de manœuvre tirées de la négociation commerciale.
Je sais qu'au
niveau national, votre secteur joue un rôle économique important avec près de
6.000 entreprises de production. Créatrice d'activité, la filière dans son
ensemble génère 150.000 emplois directs et indirects et un chiffre d'affaires
total d'environ 10 milliards €.Contrairement à la
plupart des secteurs agricoles, l'horticulture française connaît un déficit
structurel de sa balance commerciale (0,89 milliard € en 2008). Les produits
français couvrent maintenant moins de 50% de la demande nationale. Pour
accroître vos parts d'un marché largement ouvert et concurrentiel, cela
nécessite de la part des chefs d'entreprises que vous êtes, innovation,
réactivité et compétitivité. Votre démarche " production horticole
durable ", sur laquelle vous êtes, Madame la Présidente, largement
intervenue constitue une opportunité, mais j'aurai l'occasion d'y
revenir.
Conjoncture
Produits
phytopharmaceutiques
Risques sanitaires et
climatiques, assurance
Délais de paiement,
observatoire des marges
Politique de la
filière
Enseignement
horticole
Energie
Labellisation
HVE
J'aimerais dire quelques mots de la Conjoncture 2008
La conjoncture 2008
a été marquée par une relative stabilité des sommes dépensées par les ménages
(-0,5%), malgré une légère baisse des volumes (-2,7%). Ceci est encourageant en
ces temps de ralentissement économique. Je sais que ce n'est pas forcément le
ressenti de toute la production française sur le terrain. Cela soulève à nouveau
le problème de la différenciation des produits français.Le détail des
tendances est également intéressant. Pour les végétaux d'intérieur, l'année 2008
a vu la progression en volume et en valeur du marché des plantes en pot, une
stabilité des plantes fleuries mais une diminution des fleurs coupées et
compositions florales. Pour les végétaux d'extérieur, se dégage la progression
significative du marché des plantes à massif, arbres et arbustes fruitiers et
d'ornement. Quant à 2009, on ne
peut que souhaiter que la tendance du premier trimestre, particulièrement
prometteuse puisque les végétaux d'intérieur et d'extérieur enregistrent une
progression par rapport au premier trimestre 2008, se confirme.
Je voudrais maintenant essayer de
répondre à certaines de vos questions qui sont nombreuses :
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Vous avez commencé par évoquer, Mme la présidente
le paquet pesticide
Le paquet
pesticides européen relatif à la mise sur le
marché des produits phytopharmaceutiques vise au renforcement du niveau de
sécurité tant pour la santé publique que l'environnement en permettant d'exclure
des produits phytopharmaceutiques les substances les plus toxiques. Il vise
également à une plus large harmonisation aussi bien pour les procédures
d'autorisation que pour la mise à disposition des outils de protection des
cultures. Je peux vous assurer que tous les Etats membres de l'Union européenne
sont attachés à ne pas laisser de côté la question de la compétitivité de
l'agriculture européenne. En ce sens ce projet de règlement est un moteur de
progrès.Comme vous l'avez
souligné, il prévoit des dispositions nouvelles en matière de reconnaissance
mutuelle entre Etats membres des autorisations de mise sur le marché. Cela va
dans le sens de l'harmonisation et d'une mise à disposition facilitée de
produits phytopharmaceutiques moins nocifs. Ces acquis ont été obtenus à
l'issue d'une négociation difficile. Il constitue un compromis entre les
exigences d'une agriculture compétitive, et les impacts sur la santé publique et
l'environnement.
Le plan Ecophyto 2018 que le Ministre de l'Agriculture a présenté en septembre
dernier s'inscrit dans cette même logique. Il fixe pour objectif une réduction
des usages des pesticides de 50% si possible d'ici 10 ans. Nous ne sous-estimons pas les
efforts qu'il demande. Nous savons que les marges de progrès ne sont pas
identiques pour toutes les filières. La filière horticole a de
longue date réalisée des progrès significatifs en matière de pratiques
phytosanitaires. L'une des premières actions du plan consistera à recenser les
meilleures pratiques et à les mettre à disposition de l'ensemble des
producteurs. Votre participation à ces
travaux sera essentielle pour apporter votre expertise.
Enfin,
votre secteur est
particulièrement concerné par le retrait de molécules de traitement pour
lesquelles aucune alternative n'est aujourd'hui disponible.Conscient
de ces difficultés, le Ministre a souhaité que soit créée une Commission
spécialisée sur les " usages
orphelins ", afin de
trouver des solutions adaptées.Cette Commission, qui s'est
réunie pour la première fois le 26 juin 2008 est composée de représentants de
l'administration, des industries de l'agrochimie, des instituts techniques, de
AFSSA, et des représentants des différentes filières concernées.Ses travaux permettront
l'identification des usages mineurs ou orphelins afin de trouver les solutions
techniques aux impasses auxquelles les producteurs sont confrontés. L'avancée des travaux est
aujourd'hui satisfaisante, la Commission a adopté le 15 janvier 2009 un plan
d'action national fixant des objectifs clairs et un calendrier de travail
ambitieux. A cet effet un budget spécifique de 1 million d'euros a été alloué
par l'Etat.
Vous
m'interrogez par ailleurs sur les contrôles à l'importation. Tout au
long de la présidence française, le ministre a insisté sur le rôle primordial
joué par les contrôles à l'importation comme premier rempart à l'introduction
d'organismes nuisibles. Ces contrôles demeurent une priorité du
ministère.
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Risques sanitaires et climatiques,
assurance
Dans
un monde de plus en plus soumis aux aléas climatiques et à l'apparition de
nouveaux agents pathogènes, le développement d'outils de gestion des risques est
une nécessité.
C'est
pour cela que Michel Barnier a souhaité donner une impulsion nouvelle au
développement de l'assurance récolte dès 2009, en
augmentant le taux de soutien de l'Etat qui passe désormais à 40 % pour les
cultures florales comme pour les fruits et légumes. L'accord obtenu lors du bilan de santé de la PAC permettra, à compter de
2010, une prise en charge pouvant atteindre 65% du montant de la prime
d'assurance, dont 75% seront cofinancés par l'Union européenne.Le ministre a par ailleurs engagé une concertation avec l'ensemble
des acteurs de la profession agricole sur les fonds de mutualisation, cofinancé
également à hauteur de 75% par l'union européenne. Les caisses de solidarité
s'inscrivent totalement dans ce dispositif. Ainsi je vous encourage à participer
pleinement aux discussions mais aussi à mener en interne une réflexion
approfondie vous permettant de créer une caisse et donc de rentrer dans ce
dispositif d'indemnisation.Les modalités précises de mise en œuvre de ces dispositifs (assurance et
fond d'indemnisation), que vous avez évoquées, sont en cours de définition, et
nous y travaillons actuellement en étroite concertation avec vos représentants.
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Délais de paiement, observatoire des marges
Vous avez exprimé
votre inquiétude quant aux nouveaux délais de paiement mis en place dans le
cadre de la loi de modernisation de l'économie (LME) dans l'objectif d'améliorer
la gestion de trésorerie des fournisseurs.L'attitude commerciale que vous dénoncez s'oppose à l'objectif de
cette loi, qui est bien de raccourcir les délais de paiement, et pourrait
constituer ainsi une pratique abusive au sens du code de commerce. Je vous
invite donc à saisir la Commission d'examen des pratiques commerciales sur cette
question.
Enfin, conformément à votre souhait, le comité de pilotage de l'Observatoire des prix et des marges, intégrera l'horticulture et les pépinières lorsqu'il
abordera prochainement la question de la formation des prix des productions
végétales sensibles dans le cadre d'un groupe de travail ad hoc.
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Politique de la filière, interprofession horticole VAL'HOR, réseau
d'expérimentation ASTREDHOR
Je voudrais rappeler l'importance que revêt à mes yeux la
constitution d'un véritable partenariat de filière pour défendre de façon
efficace votre position sur un marché de plus en plus ouvert et garantir ainsi
le développement du secteur et de ses entreprises. Dans ce cadre,
l'interprofession horticole VAL'HOR est un outil indispensable. Afin de donner à
VAL'HOR la lisibilité nécessaire pour qu'elle inscrive ses actions dans la
durée, l'arrêté d'extension sur 2 années a été signé le 16 septembre dernier,
donnant de la visibilité jusqu'en juin 2010. Je souhaite que l'interprofession
puisse poursuivre les actions engagées dans l'intérêt de la filière. Je dois ici
féliciter VAL'HOR qui a reçu pour sa campagne " fête des mères 2008 "
le second prix de l'efficacité de la presse quotidienne preuve de la pertinence
de la communication interprofessionnelle.
De même, je voudrais souligner ici, le rôle important que votre
filière a su donner à l'expérimentation à travers ASTREDHOR et son réseau de stations
d'expérimentation pour s'adapter aux nouvelles attentes de la profession et pour
s'ouvrir aux échanges inter-instituts techniques. La qualification de
l'ASTREDHOR est une reconnaissance de la qualité des travaux d'expérimentation
effectués. L'institut a su se saisir de problématiques dépassant le strict cadre
de l'expérimentation pour donner à votre filière tout l'appui dont elle a besoin
pour faire face aux diverses évolutions réglementaires. Je pense ici a son
implication, pour l'élaboration d'un guide de bonnes pratiques phytosanitaires,
financé en
partie par le ministère, et à sa contribution active au dossier production
horticole durable. Concernant le financement
public de l'expérimentation, qu'il soit issu
du CASDAR ou de l'office, je tiens à vous rappeler qu'il reste relativement
préservé dans le contexte de rigueur actuel.
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Enseignement horticole
J'ai entendu vos
inquiétudes concernant la réforme du Baccalauréat professionnel de
l'enseignement agricole et vos craintes d'être privés de salariés formés sur le
terrain. Je souhaite vous rassurer.Les spécificités professionnelles
auxquelles l'enseignement agricole est fortement attaché sont préservées. Le maintien du diplôme Brevet d'Études Professionnelles
Agricoles
(BEPA), sous une forme rénovée, a été dès l'origine un
axe majeur de cette réforme. Les professionnels seront associés à sa délivrance
au travers d'épreuves pratiques et orales. Dans le cadre d'une meilleure
prise en compte des parcours des élèves et d'une individualisation de ceux-ci,
des possibilités de faire effectuer des parcours en 4 ans sont prévues. Ceci
pourra se traduire à la rentrée 2010 par la mise en place de groupes, voire de
classes " spécifiques ", que vous nommez
classes " passerelles ", si les effectifs le justifient.
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Plan serre-énergie - PPE
Madame la
Présidente, je souhaite enfin terminer par une de vos préoccupations majeures à
savoir le coût de l'énergie.La hausse du coût
de l'énergie pénalise énormément les exploitations agricoles (et a fortiori les
productions horticoles sous serres) qui ne peuvent pas toujours répercuter ce
surcoût sur l'aval. Même si celui-ci est orienté à la baisse pour l'instant,
cela reste une menace.En étroite liaison
avec la profession horticole, le ministère de l'agriculture a poursuivi en 2008
le plan d'adaptation structurelle ambitieux engagé en 2006. Sur le soutien aux investissements, la circulaire serre de VINIFLHOR a
été mise en place le 28 août 2008. Elle met l'accent sur le financement des
dispositifs d'économie d'énergie et de reconversion énergétique, en bonifiant
ces postes. Le dispositif s'est révélé particulièrement attractif : sur les
dossiers déposés en 2009, 6 sont concernés par ces bonifications. Sur 2007 et
2008, 70 dossiers ont obtenu l'agrément de FranceAgriMer, correspondant à un
montant de subvention de plus de 3,6 Millions d'euros.
Ce dispositif est complété par le Plan végétal pour l'environnement
dont le taux maximal d'intervention a été porté de 20 à 30% pour accroître
l'attractivité du dispositif. Un bilan du PVE sera prochainement porté à votre
connaissance.
Le Plan de Performance Énergétique
(PPE), mis en place
le 3 février 2009 dans le cadre des discussions sur le contexte économique et
environnemental, je pense au Plan climat et au Grenelle de l'environnement, a
pour objectif d'accroître la maîtrise énergétique des exploitations afin
d'atteindre un taux de 30% d'exploitations agricoles à faible dépendance
énergétique d'ici 2013.Il bénéficie pour
2009 d'une enveloppe de 30 millions d'euros au titre du plan de relance de
l'économie, contribuant à la réalisation de diagnostics énergétiques et
d'investissements destinés à améliorer l'efficacité énergétique des
exploitations agricoles. Je sais que votre fédération travaille activement, par
ailleurs, avec ASTREDHOR, à l'élaboration d'un cahier des charges pour réaliser
des diagnostics énergétiques collectifs.
Au-delà des adaptations de nos dispositifs, la hausse des prix des
énergies fossiles avait conduit le ministre à proposer le 14 mars 2008 de
nouvelles mesures d'urgence traduites dans la circulaire du 11
juin 2008. Une enveloppe de 2 millions d'euros de Fonds d'Allègement des Charges
a été accordée aux serristes touchés par les conséquences de la crise économique
traversée par le secteur. Ce dispositif a pu être mobilisé avec succès par les
producteurs puisque près de 650 dossiers ont pu être engagés sur la
quasi-totalité de la somme.
Par ailleurs, dans
le cadre de la conférence sur la situation économique de l'agriculture du 12
novembre 2008, un plan d'urgence de 250 millions d'euros a été mis en œuvre pour
permettre aux exploitations les plus en difficulté de passer le cap difficile de
2009. Plusieurs dispositifs ont été mis en œuvre, notamment 75 millions d'euros
ont été prévus pour l'amélioration de la trésorerie des exploitations et le
remboursement partiel de la TIPP et de la TICGN a été reconduit sur 2008.
Mais laissez moi vous rappeler que le ministère de l'agriculture ne
décide pas seul de la politique énergétique nationale, de nombreux dossiers doivent être portés au
niveau interministériel. Le Ministre se mobilise
fortement pour faire valoir les difficultés des serristes à travers le
développement de la cogénération, l'obtention de certificats d'économie
d'énergie, l'engagement des fournisseurs d'énergie sur les diagnostics
énergétiques, et l'appui à l'investissement. Je souhaite
conclure ce sujet en vous réaffirmant la volonté ferme du ministère de
travailler sur ces questions cruciales pour vos filières : je crois que depuis
2006, au travers des différentes mesures engagées, le ministère a beaucoup
investi sur la question " serres-énergie " et souhaite poursuivre
l'accompagnement et l'adaptation de vos filières.
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Labellisation Haute Valeur Environnementale
Le monde agricole
dans son ensemble doit faire la preuve de sa capacité à se saisir par lui-même
des enjeux environnementaux : Comment produire en quantité suffisante tout
en étant responsable vis à vis de l'environnement ?Les attentes des
consommateurs s'orientent de plus en plus vers la préservation de
l'environnement et des ressources naturelles, vers le développement durable et
le respect de la biodiversité.La certification
environnementale des exploitations, mise sur la table du Grenelle de
l'environnement, permet de répondre à cette demande sociale en associant
l'ensemble des partenaires, des producteurs aux consommateurs autour d'un projet
commun. Votre fédération
est particulièrement active sur ce dossier et je ne peux que vous soutenir. Je
me félicite que vous ayez réussi à ce que votre démarche " production
horticole durable " soit aujourd'hui acceptée et portée au niveau
interprofessionnel. Vous le savez,
suite à l'expérimentation qui a été menée dans 5 départements, le Ministre
dispose aujourd'hui d'un projet de dispositif complet de certification
environnementale des exploitations. Je souhaite que vos travaux vous permettent
d'inscrire pleinement votre démarche dans ce cadre qui est aujourd'hui précisé
et qui sera très prochainement porté à votre connaissance. Je ne doute pas de
votre capacité à vous l'approprier pour en faire un véritable levier de
différenciation de la production horticole française.
Madame la
Présidente, Mesdames, Messieurs, en conclusion, je souhaite vous remercier pour
votre accueil, vous encourager pour tous les projets qui sont les vôtres qu'ils
portent sur la compétitivité de vos entreprises comme sur des objectifs
environnementaux. Je souhaite qu'ils contribuent à développer la production
française et à créer des vocations, à la hauteur de la place que doit occuper le
végétal dans notre société.
Je vous
remercie.
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