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sur le site de la Fédération Nationale des Producteurs de l'Horticulture et des Pépinières

 

64ème Congrès de la FNPHP, 19 et 20 juin 2008, Vichy

 

Discours Officiel De Dominique BOUTILLON,
Présidente De La FNPHP

Monsieur le Représentant du Ministre, Bienvenue à Vichy dont le slogan est " parce qu'il n'est pas de travail efficace sans sérénité... "
Sachez Monsieur le représentant du Ministre que notre sérénité est particulièrement mise à mal en ce moment puisque nous exerçons un métier qui n'a jamais été autant en danger.

Nous constatons actuellement :

-Une augmentation des coûts de production : de chauffage pour les serristes, de transport pour tous nos produits qui sont volumineux et fragiles, de charges salariales avec la très récente augmentation du SMIC, de nos intrants..., sans pouvoir répercuter ces hausses sur les distributeurs ou les clients ;

-Une forte pression sociétale et environnementale : supprimer les produits phytosanitaires, pour produire " bio " ; ne plus consommer d'eau pour cultiver des végétaux, de plastiques aussi bien poterie, que couverture de serres ou paillage de sol, de tourbe, d'engrais chimique...Nous vivons dangereusement, car nous utilisons dans notre processus de production tout ce qui menace de disparaître !

De plus, dans un contexte de société anxiogène, le réchauffement climatique est agité comme une menace constante, avec sécheresse endémique et catastrophes annoncées. La fameuse baisse du pouvoir d'achat, avec chute des cours de bourse, chute de l'immobilier, délocalisations en chaîne, est particulièrement préoccupante avec pour conséquence, la baisse des achats de végétaux, déjà sensible depuis plus de quatre ans, alors que nous avions jusque là un marché en croissance régulière. Dans un tel contexte, quel va être le comportement du consommateur vis-à-vis du végétal ? Va t'il progressivement s'en détourner pour consacrer son budget à d'autres loisirs ? Ou au contraire, va-t-il le considérer comme une source de plaisir et d'émotions, capable de le protéger du stress quotidien, et de lui offrir un contact physique avec la vraie nature ?

Face à toutes ces interrogations et dans cet environnement particulièrement inquiétant, nos entreprises peuvent adopter deux stratégies :

  • Soit une attitude défensive et de repli sur soi
  • Soit une attitude positive, tournée vers l'avenir et vers les moyens de traverser ces difficultés.

Développement Durable
Protection de la santé des végétaux
Crise de l'énergie
Relations avec le Ministère
Enseignement horticole
Val'hor

Naturellement, nous sommes convaincus que seule cette deuxième stratégie nous permettra de sortir de la crise. Une première piste porteuse d'avenir est celle du " développement durable ". Le végétal est par essence, porteur de valeurs environnementales Depuis longtemps la production française a évolué vers des pratiques toujours plus respectueuses de la nature. Accompagnés par l'ASTREDHOR, les professionnels ont optimisé, et considérablement réduit, l'utilisation de l'eau, des engrais, des traitements chimiques, du chauffage...Les progrès accomplis doivent être portés à la connaissance du consommateur, et attirer son attention sur nos acquis. Si nous voulons valoriser nos efforts, nous devons différencier nos produits de ceux des pays concurrents qui ne subissent pas les mêmes contraintes environnementales. Il est alors nécessaire que vous nous aidiez à mettre en place une certification de la production horticole durable , une production qui crée du développement et des emplois de qualité , en respectant l'environnement , Cela ne pourra se faire qu'avec l'engagement de la distribution, et l'appui des Pouvoirs Publics, eux même inscrits dans une démarche similaire, puisque les conclusions du Grenelle de l'environnement, prévoient une labellisation Haute Valeur Environnementale des entreprises de production agricole.

De la même façon, nous pourrions attendre des pouvoirs publics une attitude offensive, tournée vers le développement des entreprises, et la mise en oeuvre d'actions leurs permettant de s'adapter et de progresser. Il faut bien constater qu'au lieu de cela, la réponse est plutôt de rajouter encore d'autres contraintes, d'autres difficultés, puisque le plan d'action, c'est la grande frilosité, avec comme lignes de conduite : Le désengagement financier de l'Etat et le principe de précaution sous toutes ses formes.

Un exemple caractéristique, est l'attitude de l'état concernant la protection de la santé des végétaux que nous produisons et mettons en marché. Une des conséquences du Grenelle de l'environnement, a été la mise en oeuvre du plan Ecophyto 2018 : Suppression immédiate, de 30 substances actives dès fin 2008, et réduction de 50 % des traitements à l'horizon 2018. Voila qui est certes un signal fort de l'engagement de votre gouvernement dans une démarche environnementale. Mais lorsque la suppression d'un produit conduit à une impasse technique, il n'y a pas d'alternative proposée, c'est pourquoi il est impératif que nos positions soient entendues par vos services. Par ailleurs vos services étudient actuellement le Plan de Maitrise Phytosanitaire qui prévoit la mise en place dans nos entreprises de procédures administratives particulièrement lourdes et contraignantes. Comment peut-on nous inviter le 9 juin dernier à une réunion de présentation de ce projet alors que dans le même temps des producteurs nous alertent sur l'intégration de cette nouvelle contrainte dans les contrats d'engagement soumis à leur signature par les SRPV de certaines régions ! Jusque la, le rôle des services de la protection des végétaux, était de réaliser sur le terrain des contrôles qualitatifs de l'état sanitaire de nos cultures. Aujourd'hui, ce contrôle semble prendre une forme purement administrative : le contrôle des procédures, des enregistrements, et non plus uniquement des végétaux. L'Etat traque dans nos entreprises les supposées mauvaises pratiques, alors que son premier devoir devrait être de tout mettre en oeuvre pour empêcher de nouveaux parasites de pénétrer sur le territoire. Rien qu' en 2007, quatre nouveaux ravageurs ont fait l'objet d'arrêtes ministériels. Et pourtant les importations entrent massivement en France, sans contrôle des services Français, puisque la règle est que chaque pays applique son propre contrôle phytosanitaire pour que ses exportations puissent passer les frontières. Et c'est bien là qu'apparaît toute l'incohérence du système : si la France applique une réglementation et un contrôle de cette réglementation particulièrement stricts, qu'en est il des autres pays ? Que font ils pour éradiquer les ravageurs qu'ils introduisent en France ? Nos contacts avec nos collègues Européens nous montrent bien les différences dans l'application de la réglementation, tant sur la disponibilité et l'homologation des substances actives, que sur les contrôles en culture. Citons l'exemple du Mogeton, homologué dans plusieurs pays d'Europe excepté la France, ou encore, les extensions d'homologation pour usage mineur que la DGAL ne cosigne plus depuis plus d'un an. Nous avons bien compris, que la France voulait être leader, afin d'entraîner l'Europe dans cette démarche vertueuse. Au nom d'un idéal politique, la France pousse les entreprises vers ce que l'on pourrait appeler " les 35 Heures environnementales " !! Souvenons nous, les 35 heures françaises devaient susciter l'envie, et provoquer la contagion dans les autres pays ! Aujourd'hui, on ne sait plus comment concilier cette idéologie avec la perte de compétitivité des entreprises françaises. Ne sommes nous pas en train de reproduire le même schéma dans le domaine de l'environnement, alors que nous attendons de l'Etat, une écoute et un soutien dans nos modes de production.

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Ce soutien très actif nous est indispensable dans cette période de crise de l'énergie . L'énergie est en effet hautement stratégique pour notre secteur d'activité, puisqu'elle constitue jusqu'à 30 % des coûts de production des serristes, et augmente considérablement les coûts d'approche de tous nos végétaux. Dans un premier temps des mesures conjoncturelles sont à mettre en place d'urgence. Les calculs publiés par la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers sont éloquents : La flambée des prix du pétrole brut, est jusqu'à présent compensée par la faiblesse du dollar visà- vis de l'Euro. Cependant, la hausse constante du prix des produits pétroliers laisse penser aux transporteurs qu'il existe une marge de manoeuvre pour baisser les prix des carburants. Le remboursement de la TIPP est une première étape largement insuffisante. Dans ce contexte de diminution des taxes, que décide l'Etat ? d' appliquer une nouvelle taxe sur le gaz naturel au premier kilo Watt consommé avec pour conséquence immédiate d'en augmenter encore le prix ! Où est la cohérence ? Nous demandons l'exonération totale de la TICGN comme le permet la réglementation Européenne, ainsi qu'une exonération de taxes sur le carburant utilisé pour le transport de nos produits. Certes des mesures d'urgence, Agridiff et FAC, sont en cours pour les serristes en difficulté, mais les circulaires permettant l'application du dispositif n'ont été publiées que le 11 juin dernier !

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Ces mesures conjoncturelles sont indispensables aux entreprises pour traverser cette période critique tout en préservant leurs capacités d'investissement dans des équipements et des modes de productions moins exigeants en énergie fossile et plus respectueux de l'environnement. Cela doit nécessairement s'accompagner d'un soutien financier des Pouvoirs Publics au travers des dispositifs existant ou à créer : circulaire serre, volet énergie du Plan Végétal Environnement, aides aux innovations, certificats d'économie d'énergie...Les interlocuteurs qui gèrent ces dispositifs sont multiples : Etat, Viniflhor, Ademe, Régions, Fonds Européens, partenaires privés... On peut légitimement se demander si la dispersion des acteurs et des moyens ne rend pas opaque et surtout d'accès complexe la stratégie initiale qui est d'amener les entreprises vers une plus grande autonomie énergétique. Une gestion nationale centralisée de ces dispositifs redonnerait force et cohérence à l'action en simplifiant les démarches et en garantissant une équité entre les entreprises, quelque soit leur région.

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Notre secteur d'activité traverse actuellement une crise sans précédent et a besoin d'une politique de soutien à court et moyen terme. Or nos relations avec votre Ministère sont en pleine mutation. Viniflhor est, pour le moment, notre interlocuteur pour élaborer et accompagner une réelle stratégie de notre profession permettant de reconquérir notre marché. L état doit garantir le maintien voire le développement des moyens financiers affectés à cette politique. Etudes pour connaître les évolutions de la production et les évolutions des marchés, soutien à l'expérimentation et au développement, soutien aux investissements, aujourd'hui ces dispositifs fonctionnent avec des difficultés certaines, et des retards d'application aussi bien des circulaires que des financements, puisque des actions à l'export, particulièrement structurantes réalisées en 2006, ne sont toujours pas abondées. La fusion de tous les offices dès 2009 permettra t elle une meilleure efficacité de l'ensemble, ou au contraire entraînera t'elle une dilution des moyens aujourd'hui affectés à notre secteur ? De la même façon, le ministère de l'agriculture était jusqu'alors notre interlocuteur unique auprès du gouvernement. De plus en plus nous devons nous adresser aussi à d'autres ministères. Dans cet esprit, nous ne pouvons que constater que l'écoute que nous avions jusqu'ici au Ministère de l'Agriculture est en train de changer ; en effet, lorsque nous avons des revendications concernant d'autres ministères , nous devons faire avancer ces dossiers sans votre appui. Depuis 2 ans, nous multiplions les démarches auprès du Ministère de l'Economie pour faire évoluer la réglementation sur la fiscalité des stocks en Pépinières, unique en Europe et beaucoup plus défavorable aux entreprises que celle des autres pays. Mais la porte reste obstinément fermée, et seule votre intervention pourrait débloquer la situation.

Nous avons aussi besoin de vous pour défendre notre enseignement horticole qui, puisqu'il présente le plus souvent des effectifs réduits, devrait faire les frais de fermetures de classes prises dorénavant dans la cadre de la déconcentration des décisions. C'est un pari que vous devez prendre avec nous sur l'avenir de nos métiers et sur les très nombreux emplois et l'activité économique que nous représentons dans beaucoup de territoires.

Pour tout cela, nous attendons clairement du Ministère de l'Agriculture une écoute et surtout un relais auprès des autres ministères, et qu'il soit notre porte parole et notre soutien dans nos démarches.

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Enfin un autre domaine où l'attitude de votre Ministère nous laisse perplexes est celui de notre jeune interprofession Valhor. Que représente Valhor pour les horticulteurs et les pépiniéristes ? Rappelons toujours que dans notre filière, nous sommes les seuls qui retirent 100% de nos revenus du végétal. Pour nous Valhor est un incontournable outil de développement de nos entreprises, qui permet la connaissance et la stimulation de la consommation de nos produits. Valhor ne doit pas être une structure de désengagement financier de l'Etat pour notre secteur, que ce soit En matière de recherche et développement, via le financement de notre institut technique ASTREDHOR, ou de soutien en période de crise par une en matière de caisse de solidarité...Autre exemple : les ventes sauvages de végétaux, au mépris de la réglementation, devraient être contrôlées et sanctionnées par la DGCCRF. Au lieu de ça, c'est Valhor qui doit porter ces affaires en justice à ses frais, si nous voulons obtenir des résultats. L'ensemble des acteurs de la filière a élaboré un projet d'accord triennal aujourd'hui validé par tous. Nous vous demandons de signer sans délai ce deuxième accord triennal de Valhor, et de permettre son extension pour les 3 ans à venir. Notre interprofession ne doit plus avoir à justifier annuellement de sa représentativité et de son mode de financement. Valhor a un besoin réel de visibilité à moyen terme afin de mettre en place des actions structurantes pour développer la consommation des végétaux, assurer la promotion de nos métiers et le dialogue indispensable entre les acteurs de la filière.

J'ai dressé volontairement tout à l'heure un tableau particulièrement sombre de la situation des entreprises horticoles françaises qui est néanmoins notre réalité quotidienne. Cependant, les professionnels ont une étonnante capacité d'adaptation, d'imagination, de créativité. Un syndicat comme la FNPHP joue pleinement son rôle dans ces périodes de remise en question et permet une grande émulation et une remarquable mobilisation de l'inventivité de tous ; au cours de ce congrès les professionnels qui ont fait l'effort de sortir de leur quotidien se rechargent en idées nouvelles, prennent le recul nécessaire à une vision globale de notre filière, afin de décider quel avenir sera le leur. L'An Vert c'est nous... tous ! Nos métiers et nos produits sont, par nature, porteurs de développement durable, et nous avons besoin du soutien effectif des pouvoirs publics pour potentialiser cette nouvelle démarche.

A Vichy, le 20 juin 2008.
Dominique BOUTILLON
Présidente de la FNPHP

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