Discours D'Antoine
PIGOT,
Président dela
FNPHP
Madame
le Conseiller Technique, représentante du Ministre de l'Agriculture et de
la Pêche,
Monsieur le Président du Conseil de Direction Horticole
de l'ONIFLHOR
Madame
la Responsable de la
division horticole de l'ONIFLHOR
Monsieur
le Président de la
Commission Employeurs
de la
FNSEA
Monsieur le Président de
VALHOR
Monsieur le Président d' ASTREDHOR
Monsieur le Président de l'UNEP
Mesdames et
Messieurs les Présidents de syndicats et d'Unions, Mesdames et Messieurs les
Administrateurs,
Chers Collègues
Producteurs,
Mesdames,
Messieurs,
L'horticulture et la
pépinière se différencient des autres secteurs de la production agricole par sa
diversité tant au niveau des tailles d'entreprises, des produits mis en culture,
qu'au niveau des segments de marché sur lesquels commercialisent les
producteurs. L'équilibre entre les segments de marchés
représente la caractéristique la plus remarquable de notre filière. Rappelons que notre balance commerciale est structurellement déficitaire,
et donc que la production Française ne génère pas d'excédents, et l'on pourra
mesurer la distance qui nous sépare des autres filières agricoles alimentaires.
Actuellement, environ 6 000 entreprises cultivent des
produits horticoles et de pépinière en France. Cela constitue moins de 1 %
des entreprises de production agricole, mais ces 6 000 Entreprises emploient 14
% des salariés permanents en agriculture, soit près de 20 000 salariés
permanents, auxquels il faut ajouter autant de salariés saisonniers.
La deuxième caractéristique
de notre secteur est d'être fortement employeur de main-d'œuvre, et donc
particulièrement sensible à tout renchérissement du coût du travail, et à tout
durcissement de la législation du travail.
Les
différentes enquêtes que nous avons pu réaliser avec l'appui de l'ONIFLHOR, ont
ainsi montré que les entreprises horticoles sont essentiellement
-
Familiales et de petites
dimensions
-
Réparties sur tout le territoire, en milieu
rural et périurbain
-
Fortement employeuses de
main-d'œuvre
-
Faiblement regroupées
-
Qui commercialisent sur tous les circuits
avec une prédominance pour les circuits courts
-
Et avec des débouchés essentiellement
régionaux.
Un autre chiffre
caractéristique du secteur : 50% des entreprises ont
disparu en 10 ans sur la période 1985/1995.
C'est sur ce constat que s'est développée la réflexion de
la
Politique Stratégique
Horticole, qui nous a conduit à aborder les problèmes de notre secteur non plus
sous l'angle des produits : pépinière, plantes en pots, Fleurs
coupées, bulbes, mais selon le segment de marché dominant
sur lequel l'entreprise horticole commercialise sa production. C'est ainsi que sont apparus, à
la FNPHP, les groupes de travail
par segment de marché :
En passant d'une culture
produit à une culture marché, les entreprises impliquées dans la démarche, ont
pu aller au devant des attentes de leurs clients, distributeur, prescripteur ou
utilisateur final, anticiper ces attentes en structurant leur offre de produits
et de services. La finalité est d'augmenter les volumes
vendus et de conserver dans l'entreprise de production des marges pour maintenir
un niveau d'investissement élevé et pérenniser de cette façon son activité.
Sur les circuits longs, les initiatives
permettant de mettre en relation les producteurs et leurs clients, d'optimiser
leurs relations commerciales dans un esprit gagnant -gagnant, ont apporté aux
entreprises une vision réaliste de leur marché, et aux pouvoirs publics une
image constructive de notre métier.
Sur les circuits courts, la
création du réseau Horticulteurs et Pépiniéristes de France, s'appuyant sur une
charte exigeante, a révélé, outre le dynamisme et la créativité des producteurs,
la pertinence de leur approche du consommateur, puisque leur segment de marché
tire son épingle du jeu dans une période ou la consommation de nos produits est
en berne.
Il faut bien le constater, malgré les avancées de
la Politique Stratégique
Horticole, des questions restent posées :
-
Comment enrayer la disparition des
entreprises ?
-
Comment rester présent sur notre marché,
devant la pression de plus en plus importante des importations intra et
extracommunautaires ?
-
Avons nous raison de penser :
" n'ayons pas peur " et de relever le défi d'être toujours
producteur en France dans 10 ou 20 ans ?
Car inexorablement, les
charges augmentent, les contraintes nous cernent, les prix sont en baisse ou au
mieux stables, et, fait nouveau et essentiel, après une croissance régulière
durant de nombreuses années, la consommation des produits, tant sur le marché
Français qu'Européen, est en stagnation, voire en régression. En 2004, le chiffre d'affaires du végétal des jardineries atteint un
plancher historique (inférieur à 20%) entraînant les entreprises de production
commercialisant sur ce segment dans une récession inquiétante. Plus généralement, sur l'ensemble des segments de marché, les marges des
producteurs s'effritent, fragilisant durablement leurs entreprises. Face à cette situation préoccupante, les membres du bureau de
la
FNPHP , s'appuyant sur la confiance du conseil d'administration,
ne sont pas prêts à baisser les bras et, croyez moi, ce n'est pas dans leur
tempérament. Le projet professionnel que nous avons défini,
décrit les conditions indispensables au maintien et au développement de la
production horticole Française.
Vivre de son métier
d'horticulteur, c'est :
-
Faire des professionnels que nous sommes de
véritables chefs d'entreprise,
-
Maintenir l'accès au marché à toutes les
entreprises, car nous sommes convaincus que l'affaiblissement de l'un ou
l'autre des segments affaiblit l'ensemble du marché.
Vivre de notre métier c'est
enfin et surtout développer la consommation de nos produits. Tels sont les défis que nous devons relever pour être toujours présents
sur notre marché. Le syndicat est un outil décisif pour
réussir cette évolution, et il doit faciliter la mise en œuvre des moyens
nécessaires. Le Conseil d'administration de
la Fédération a défini à quel niveau de syndicalisme, il place son
action : Syndicalisme de défense, de gestion et d'économie. Puisque aujourd'hui le Ministre de l'Agriculture vous a demandé le
représenter, Mme le conseiller technique, je ne vais pas manquer
l'occasion qui m'est offerte d'exercer ma mission de syndicalisme de défense de
notre métier en vous demandant un appui ferme à nos revendications
légitimes.
-
Le maintien du taux de
TVA réduit pour nos produits
-
L'exonération de
la Taxe Locale d'Equipement sur les serres de production y
compris pendant la période transitoire 1996-1999
-
L'obtention de
dispositions fiscales, propres à notre secteur, que nous demandons dans le
cadre de la loi de finances, comme les déductions pour aléas et les déductions
pour investissements
-
L'incitation financière à
la mise en place d'une assurance récolte, à des tarifs compatibles avec nos
marges, ceci dans la perspective de la remise en cause du régime des calamités
agricoles.
Autant de mesures fiscales
indispensables à nos entreprises et à nos emplois, pour lesquelles le soutien
indéfectible de notre Ministère est primordial. De même, les
évolutions des exigences de la société concernant nos métiers en matière
d'environnement et de protection de la nature, ajoutent une pression et des
contraintes supplémentaires sur nos entreprises. Au point
que nous pouvons légitimement nous poser la question : Pouvons-nous encore produire des végétaux d'ornement, si les Pouvoirs
Publics continuent de supprimer les produits phytosanitaires homologués, en ne
proposant pas d'alternatives satisfaisantes. Les procédures
d'extensions d'homologations pour usages mineurs sont particulièrement
longues.
Quand aboutiront
elles ? Quand pourrons nous utiliser ces produits sur
nos cultures si nous n'avons pas de votre part un soutien
actif ?
Sans un assouplissement de
la législation sur les mélanges de produits, et les quotas de bromure de
méthyle, plus restrictifs en France qu'en Espagne, nous risquons d'obtenir un
résultat inverse du bénéfice recherché : C'est à dire
développer des ennemis des cultures résistant à tous produits homologués.
Nous sommes par ailleurs parfaitement conscients de l'impact
de nos productions sur l'environnement, et avons depuis plus de 10 ans engagé
des démarches d'économie d'eau, de rationalisation des apports d'engrais, de
récupération des effluents, de lutte intégrée contre les ravageurs, grâce à
l'appui de notre réseau ASTREDHOR, engagé dans le programme "Horticulture
Raisonnée". En contre partie de ces efforts, les Pouvoirs
Publics nous imposent une réglementation toujours plus contraignante.
On pourrait au contraire imaginer que, lorsqu'une filière
fait de tels efforts, ils devraient accompagner la démarche au moins en
communiquant largement sur le sujet, et pourquoi pas en mettant en avant nos
produits répondant aux exigences de la société, et qui de ce fait supportent un
coût de production plus élevé que des produits provenant d'autres origines.
De même la flambée des prix des combustibles
compromet gravement la pérennité des entreprises horticoles serristes
Les frais de chauffage représentent 20 à 40% du coût de
production des végétaux. On est bien loin de l'incidence des prix des carburants dans le compte de
résultat des exploitations agricoles, et la mesure permettant de récupérer
la
TIPP sur le fuel apporte une bien faible
compensation. De plus, afin d'utiliser des brûleurs plus
performants, et donc plus économiques en énergie, et plus écologiques car moins
polluants, de nombreux horticulteurs utilisent l'énergie du gaz, sur laquelle
aucune compensation n'a pu être trouvée excepté pour les très gros
consommateurs, peu nombreux dans notre secteur de PME. Il
est vital pour notre filière de poursuivre l'effort engagé pour que les coûts
restent compatibles avec nos prix de ventes. Parallèlement
Il faut élaborer un programme de recherche sur les productions, les équipements
de serres, les techniques culturales permettant de produire en optimisant les
coûts de chauffage, limitant ainsi les conséquences de notre activité sur
l'environnement.
L'Etat Français s'est déjà
engagé, en ratifiant le protocole de Kyoto, à diminuer les rejets de gaz à
effets de serres. Qu'il nous montre, par son implication, sa volonté de tenir
ses engagements, en incitant financièrement les producteurs qui s'inscrivent
dans la démarche par des aides, notamment à travers la circulaire serre et les
contrats de plan Etat – Région.
Travailler sur des objectifs
communs, structurants pour la profession, est devenu nécessaire.
Le plan de relance de la
fleur coupée est l'exemple d'une collaboration efficace dans le soutien d'un
secteur confronté à la mondialisation et aux importations produites avec des
coûts de main d'œuvre dérisoires.
Notre secteur est un gros
employeur de main d'œuvre, et l'incidence sur les coûts du travail est une
préoccupation permanente de nos employeurs. La FNSEA
porte auprès des Ministères concernés des propositions concrètes et innovantes,
dont celles de la FNPHP comme :
-
l'allongement à 130 jours de la durée
d'exonération des travailleurs occasionnels,
-
l'indemnisation par l' Assedic des périodes
non travaillées des contrats intermittents,
-
l'abattement de 10% sur le SMIC pour
l'embauche de salariés non qualifiés.
Ces propositions doivent
réduire les coûts de main d'œuvre et permettre d'assouplir le droit du
travail. La volonté, affichée par le nouveau
gouvernement, de donner à l'emploi sa priorité, va-t-elle enfin se concrétiser
par des mesures favorables à nos entreprises ? Il
faudra tout le poids du Ministère de l'Agriculture pour faire avancer cette
évolution nécessaire et tellement cruciale pour le secteur de la
production.
La véritable richesse d'un
secteur d'activité est sa capacité à innover, à créer de nouveaux produits, de
nouvelles utilisations. L'avenir de notre secteur réside
dans les technologies innovantes qui nous permettrons de nous différencier des
stratégies coût/volume pour lesquelles nos concurrents étrangers sont mieux
armés. L'horticulture a historiquement mis en place des
outils mutualisés de recherche et développement accessibles à toutes les
entreprises, financés en partie par la taxe ADAR payée par le plus grand nombre
des producteurs et par des aides de l'ONIFLHOR. Aujourd'hui,
les retards apportés au versement de ces aides, entraînent des difficultés
financières à notre Institut Technique ASTREDHOR telles que sa pérennité est
menacée. Est-ce là le reflet de la volonté des pouvoirs
publics de soutenir la recherche et le développement ?
Mettant en action les
principes d'un syndicalisme d'économie, nous sommes
convaincus de l'urgence de développer le marché en stimulant la consommation des
végétaux français. La réussite des producteurs détaillants
nous conforte dans notre réflexion : Satisfaire les
consommateurs permet de restaurer les marges et de pérenniser les entreprises.
Il est primordial cependant que notre démarche de
clarification du statut juridique du producteur détaillant aboutisse dans les
plus brefs délais, ce qui est envisageable avec l'appui du Ministère,
stimuler la consommation des produits français, c'est d'une
part ,au sein de l'interprofession VALHOR, un programme d'action de promotion
générique de nos produits, absente depuis 10 ans et, d'autre part aller au
devant des attentes des consommateurs pour identifier les besoins qu'ils
expriment,
Nous avons là deux axes
complémentaires nous permettant de réaliser notre projet. Aujourd'hui, nous n'en sommes qu'aux idées, mais vous conviendrez avec moi
que les idées sont notre indispensable source d'énergie, Si le travail de
réflexion a débuté il y a quelques années, lors de la gestation de VALHOR, ainsi
qu'au cours des réunions du groupe " enjeux et
perspectives horticoles", le " GEPH ", les actions sont à
construire, le chantier est vaste mais passionnant. Ce sont
les producteurs qui en seront la force motrice car les végétaux sortent de nos
entreprises sous leur forme finie, ils ne subissent pas de transformation de la
part de l'aval de la filière, Ils sont proposés tels que au consommateur,
C'est donc bien à nous,
producteurs, de rechercher ce que le consommateur attend de nos produits et de
mettre en œuvre pour notre filière les actions de recherche et développement
nécessaires à l'accompagnement de cette démarche.
Bien sûr il ne saurait être
question de mener à bien ce projet sans le soutien effectif de notre
Ministère.
Afin de mieux comprendre les
inquiétudes et les problématiques de notre profession, je vous renouvelle,
Madame le conseiller technique, notre invitation à découvrir notre filière à
travers les entreprises du Maine et Loire, dans toute leur diversité.
Je vous remercie de votre
attention.